dimanche 24 mars 2013

Le marketing participatif, où comment rendre le consommateurs expert... Ou pas!

Dans mon article précédent, j'ai évoqué, à travers l'exemple de Danette, le concept de marketing participatif, dont le principe est, pour une marque, de réclamer l'avis de son client à l'aide d'outils collaboratifs - tels que les réseaux sociaux - au cours du processus de conception, de communication et/ou de vente des produits de la marque. Par ce biais, la marque implique alors son client dans le cycle de vie de ses produits.

Aujourd'hui le distributeur Casino nous en fournit un nouvel exemple ; En effet, les clients de l'enseigne ont été appelés à imaginer une nouvelle recette pour les futures madeleine salées de la marque :



Ainsi, grâce à l'activation du rôle des consommateurs dans la vie des marquesla relation verticale "marque-produit-consommateur" s'efface au profit d'une relation plus horizontale, basée sur l'association "marque/consommateur-produit".

Question : Mais quelles sont les raisons de cette soudaine bienveillance de la part des marques vis-à-vis de son client?
Réponse : Facile, tous les conso sont les mêmes ; Donc si on demande à une dizaine d'entre eux quel sera le meilleur parfum, bah les autres conso seront forcément d'ac avec eux et on va vendre plus de produits et on va faire plein de profit!!!

Cela s'avère un peu plus complexe en fait. En effet, outre l'outil magnifique de communication qu'elle apporte à la marque, cette stratégie, longue et coûteuse, répond moins à une envie magnanime de la marque d'impliquer le consommateur qu'à un objectif marketing bien particulier, celui de fidéliser le client
En effet, en l'introduisant dans les coulisses de la production, la marque valorise le consommateur dans son statut de client et lui montre sa considération. Ainsi, en lui conférant ce rôle d'expert, la marque procure une impression de pouvoir à son clientqui passe d'acheteur anonyme à consultant marketing, provoquant chez lui un sentiment de fierté. Il développera ainsi une position de partie intégrante de la marque et, à terme, en deviendra un ambassadeur fidèle. 

On peut notamment le vérifier dans les propos des apérichefs  Casino ci-dessus. 


Et si cette nouvelle stratégie est de plus en plus présente aujourd'hui, c'est parce-que le consommateur contemporain est aujourd'hui versatile et de plus en plus méfiant à l'égard des marques et des "combines marketing" d'autrefois; On remarque par exemple qu'il n'hésite plus à comparer les offres et à punir les marques en désaccord avec ses valeurs - par le boycott notamment, dont la marque Gap est l'exemple le plus célèbre en FranceIl a ainsi besoin de partager des valeurs et de ressentir de la confiance envers la marque qu'il consomme. C'est ce que j'appelle l'expertisation du consommateur. Certaines marques ont d'ailleurs décidé de tirer profit de ce phénomène, à l'image de Neuf Telecom qui malmena les marketers et publicitaires lors de sa campagne pour sa NeufBox en 2005 :


Un beau discours de la part de Neuf Telecom qui, en se moquant des marketers, montre alors sa considération et son intégrité aux consommateurs. En effet, à travers cette campagne, la marque leur démontre qu'elle est de leur côté et qu'elle n'utilisera pas le marketing pour les entourlouper... Il n'en reste pas moins que cette stratégie a été mise au point par des marketers et que cette pub a été réalisée par des publicitaires...

Implication du consommateur, mépris des marketers, arrêt de la manipulation du consommateur... En les incitant à croire qu'ils apportent une réelle valeur ajoutée à la marque et qu'ils ne se font pas duper par elle, les marques ont réussi à créer une des plus belles et une des plus fines stratégies marketing et de communication de toute l'histoire des stratégies marketing et de communication!!!

Alors si le consommateur ne gobe plus les "vieille combines marketing" d'hier, il gobe bien celles d'aujourd'hui...

Lauren Vial

jeudi 14 mars 2013

L'industrie alimentaire à l’affût des tendances gustatives

Impossible d'y échapper! Que ce soit dans votre restaurant préféré ou dans les rayons de votre supermarché d'à côté, on le trouve à toutes les sauces... Le parfum du moment.
Il est partout : Desserts gourmands, céréales, épicerie sucrée... 

Le parfum alimentaire est une histoire de tendances. Aussi instable et lunatique que la parfumerie en flacon, il suit le mouvement des mutations gustatives des consommateurs.
Alors pour être sûres de proposer l'offre la plus adaptée aux papilles de leurs clients, certaines marques n'hésitent pas à les questionner directement - à l'instar de Danette : Précurseur en stratégie de marketing participatif, Danette instaurait en 2009 ses premiers "matches" entre pots de différents parfums, durant lesquels les consommateurs avaient la lourde tâche d'élire le vainqueur - J'ai déjà vu ce principe là quelque part... - Et hop! Une pierre deux coups : Etude quali pas chère et fidélisation client! 






Toutefois, un bon coup d'oeil sur le moral des Français, leurs envies et leurs aspirations du moment peut parfois suffire à donner le top départ à une tendance. C'est ainsi que l'on a vu apparaître il y a quelques années la mode du "façon dessert" : Des yaourts façon tarte au citron (Sveltesse, groupe Nestlé), de la glace façon crumble aux pommes (Carte d'Or, groupe Unilever) et même du thé façon tarte tatin (Twinings, groupe Foods International)! 






En effet, à l'époque, les bureaux de tendances évoquaient un sentiment général de nostalgie, de retour aux valeurs fondamentales et de besoin de sécurité & d'authenticité... D'où la réponse de l'industrie alimentaire à travers des parfums symbolisant l'enfance, les valeurs familiales et la générosité. 



Trouver un parfum alimentaire semblerait alors bien plus complexe que ce qu'il n'y parait et le jeu "besoin du consommateur/réponse du marketer" se révèle donc - encore une fois - absolument central ; D'où la raison pour laquelle l'industrie alimentaire est aujourd'hui considérée comme l'une des plus "marketées" ; Car les tendances sont faites pour évoluer... Et évoluer rapidement! 

Ainsi, la nouvelle vague de parfums a déjà débuté depuis plus d'un an et continue aujourd'hui à se développer. On peut en effet citer le chocolat blanc, utilisé à foison notamment par les barres chocolatées (Twix du groupe Mars, Kinder Bueno du groupe Fererro, ou KitKat de Nestlé), le speculoos (employé notamment par Gü Dessert dans son nouveau cheesecake, par Lindt dans sa gamme de tablette Création ou par Delacre dans ses biscuits Delichoc) et enfin le caramel au beurre salé, que l'on retrouve notamment dans tous les desserts de restaurants, dans les macarons Ladurée ou encore dans le dernier Napolitain de Lu, groupe Kraft ... 

Pas vraiment évocatrices de valeurs d'antan et de tradition, ces nouvelles saveurs répondent, elles, à une toute nouvelle tendance, qui n'est autre que la gourmandise, le plaisir hédoniste et la diabolisation des régimes... Des arômes sucrés, fins et ragoûtants, également en parfaite adéquation avec la nouvelle passion des Français pour la gastronomie, l'art culinaire et la découverte de nouvelles saveurs.

En espérant que nos futures préoccupations sociétales veilleront à la sensibilité de nos palais...

Lauren Vial


vendredi 8 mars 2013

Badoit, un grand cru prestigieux... et féministe?

Une nouvelle campagne pour Badoit (groupe Danone), qui nous rappelle que déjà, en 1778, ses bulles "stimulaient l'humeur et l'esprit" de nos ancêtres. Présente à la cour et servie telle un grand cru intemporel, cette eau nous transformerait presque en bourgeois du XVIIIème. Une belle copy qui, par la même occasion, met en scène, en ce 8 mars (journée de la femme), une féminité affirmée et dominatrice... Coïncidence?

    

Lauren Vial

mercredi 6 mars 2013

Pour Kraft, le marketing, ça se tartine!

Les fromages frais à tartiner ne datent pas d'hier :

1963 : Lancement du désormais mythique Boursin Ail & Fines Herbes (Groupe Bel) à la suite d'une erreur d'un journaliste - Il avait en effet annoncé la sortie d'un nouveau Boursin à l'ail, innovation lancée en fait par son concurrent de l'époque.
1965 : Réaction presque immédiate du groupe Soparind Bongrain qui saute sur l'occasion pour lancer Tartare, qui deviendra son premier challenger.
Début des années 80 : Lancement de Rondelé ("mon préféré" bien sûr!) du groupe Lactalis, qui se hisse sur la 3ème marche du podium.



Et c'est ainsi que tout ce petit monde vécut calmement pendant 50 ans en plus ou moins parfaite harmonie, chacun à sa place. Alors bien sûr, quelques innovations furent lancées, notamment au niveau des saveurs (Boursin au poivre,Tartare Côté Sud, Rondelé Noix de Dordogne...) et des formats (présentation en portions, en format apéritif et même en format cuisine)... Jusqu'à ce que Kraft ne débarque sur la planète fromage frais à tartiner au volant de son vaisseau Philadelphia en mars 2011.



Philadelphia c'est ce qu'on appelle aux Etats-Unis un cream cheese ; Un mélange entre le fromage, le beurre et la crème fraîche. Il est donc beaucoup plus onctueux et moins brassé qu'un Tartare ou un Rondelé et se déguste en tartine ou en cuisine. Oh scandale! Ce sont les Etats-Unis qui vont apprendre à la France comment déguster du fromage!? Inconcevable pour l'industrie fromagère, détractrice précoce de ce nouveau concept qui ne donnait pas cher de sa peau! Et pourtant, les consommateurs ont choisi leur camp.

En effet, Kraft profita à l'époque d'un environnement favorable, lié à 2 facteurs clés (qui, aujourd'hui, paraissent presque déjà obsolètes) : L'engouement des Français pour les émissions de cuisine et leur apprivoisement régulier par les leaders du marché. Un petit surplus de Oh my gosh! sur toutes les chaînes à heure de grande écoute + une stratégie prix (de lancement) inférieure aux concurrents (1,59€ contre 1,83€ pour les produits de Bongrain) et le tour était joué! Et c'est ainsi que Philadelphia commença à s'installer dans les frigos des ménagères. (5% de part de marché fin janvier 2012 et 11% de pénétration fin mars 2012), sous 3 parfums différents : Nature, Ail & Fines Herbes et Concombre.

Mais le géant américain ne s'est pas arrêté là! En effet, après avoir revisité le culte n°1 des Français, (le fromage donc), il attaqua le deuxième un an plus tard : Et pourquoi ne pas créer un fromage qui aurait le goût d'une pâte à tartiner?! Ben voyons!!! On imagine la tête du directeur marketing en entendant cette recommandation... Et pourtant, ils l'ont fait! Et ce, en s'appuyant sur la marque Milka (marque du groupe..... Kraft!) et son énorme pouvoir affectif, sa notoriété, la fidélité de ses consommateurs... Ainsi, ce nouveau produit - plutôt surprenant - allait pouvoir créer le buzz et développer un peu plus la notoriété de la marque Philadelphia. Mais là encore, les appréhensions sont palpables (« Pour moi ce produit n’a aucune chance parce qu’on est sur la création d’un nouveau segment hybride, le fromage aromatisé, qui peut bien fonctionner en Europe de l’Est et du Nord mais pas en France, pays du fromage, car le consommateur français ne le comprendra pas : soit c’est du fromage, soit c’est du Nutella ! » Xavier Terlet, président du cabinet XTC en mars 2012) Les chiffres ne disent pas encore si celles-ci étaient fondées mais force est de constater que le produit est toujours dans les rayons un an plus tard...



Mais paradoxalement et contre toute attente, Philadelphia n'a pas vraiment empiété sur les plates-bandes de nos 3 acteurs phares franco-français traditionnels. En fait, en plus d'un nouveau produit, Kraft a surtout créé un nouveau type de consommation du fromage : En surfant sur la vague du snacking (et toujours de l'engouement des Français pour la cuisine), ce dernier a démontré qu'on ne consomme pas Philadelphia de la même manière que l'on consomme Boursin. Si ce dernier est en effet dégusté traditionnellement en fin de repas, le premier est, lui, en revanche, considéré plus comme un en-cas et comme un ingrédient à mettre dans ses sandwiches ou dans ses plats. 
D'où le baby boom des cream cheese, parfumés à toutes sortes de saveurs, à l'instar de la "Tartine au chocolat" d'Elle & Vire (qui reprend le concept pourtant improbable du Philadelphia Milka) et de ses "fromages à la crème", ou encore "Le chèvre à tartiner" Nature ou Ail & Fines Herbes de Soignon (Groupe Eurial).
Et c'est ainsi qu'au lieu de plomber les ventes des acteurs du marché des fromages frais, Philadelphia les fit augmenter et boosta la catégorie. 


Un bel exemple d'innovation marketing! Alors certes, Philadelphia n'est qu'une importation d'un produit qui cartonnait déjà aux Etats-Unis; Mais pour attaquer les Français sur leur façon de consommer le fromage, pour inventer un nouveau marché et pour créer un fromage au goût de pâte à tartiner, il fallait être Kraft pour le faire!

Lauren Vial

Sources :
http://www.boursin.com/fr_fr/A-propos/L-histoire-de-Boursin-R
http://www.lsa-conso.fr/philadelphia-donne-le-la,129043
http://www.lsa-conso.fr/produits/tartare-de-bongrain,133805
http://www.strategies.fr/actualites/marques/r25559W/rondele-dit-merci-a-maite.html
http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/le-fromage-philadelphia-veut-seduire-la-france_948164.html
http://minceuretmarketing.blog-idrac.com/2012/03/09/philadelphia-milka-le-nouveau-concurrent-du-nutella-en-version-allegee/
http://www.lsa-conso.fr/strategie-gagnante-au-pays-du-fromage,139026