vendredi 26 septembre 2014

L'image de marque : Le cas Red Bull

Traditionnellement, la stratégie marketing d'une marque s'articulait autour de 4 piliers essentiels, appelés les "4P" (ou mix marketing) :

- "Product" (Le Produit)
- "Price" (Le Prix)
- "Promotion" (La Communication)
- "Place" (La distribution)



Cette théorie, développée par Jérôme Mac Carthy en 1960, puis démocratisée par le maître du marketing classique Philippe Kotler dans les années 80, révélait que le succès d'un produit reposait sur la combinaison parfaite de ces 4 leviers : Le bon produit, au bon prix, au bon endroit et bénéficiant d'une communication adaptée aux bonnes personnes.




Mais depuis les années 2000, ce modèle a été bouleversé par l'entrée en lice de quelques éléments perturbateurs :

- Apparition du hard discount puis bataille des prix entre les enseignes de la grande distribution,
- Naissance des réseaux sociaux, 
- Prise de conscience collective de la problématique environnementale,
- Lutte contre l'obésité et souci du bien-être,
- Evolution des modes de vie,
  ...

Ces phénomènes émergents ont alors provoqué une transformation considérable dans les comportements d'achat du consommateur. Devenu versatile, ce dernier n'hésite plus à faire des comparaisons, des évaluations et (surtout!) des infidélités à sa marque quand celle-ci ne répond plus à ses nouveaux critères.  

Face à cet affront, les marketeurs ont du réagir; ils ont créé un 5ème P : 
"People" (La Personne) !

Le dernier-né de la famille incita alors les marques à interagir en permanence avec leurs clients pour les fidéliser, mais également à se faire valoir auprès des non-clients pour les convaincre que sa personnalité (et non ses produits!) est en totale adéquation avec leurs attentes et leurs valeurs. L'enjeu est donc désormais de se faire apprécier (voire idolâtrer pour certaines...) pour ce qu'elle est et non pour ce qu'elle vend. Et c'est ainsi qu'est apparu le concept d'image de marque et de story-telling.

"L'image d'une marque correspond à la façon dont celle-ci est perçue par les consommateurs. Cette perception peut se faire sur des critères objectifs (image de produit haut de gamme à prix élevé) ou subjectifs ( "produit de vieux")." 


Et quel meilleur exemple que celui de Red Bull pour illustrer le pouvoir d'une image de marque?!


Red Bull est une marque autrichienne de boissons énergisantes, arrivée en France en 2008 (finalement légalisée après une controverse liée à sa composition, sur laquelle je ne vais pas m'attarder ici).


En 2009, le marché des boissons énergisantes se montait à 95 millions d'euros pour un volume de 20,6 millions de litres. En 2013, il pèse 143 millions d'euros, pour un volume de 36,5 millions de litres. (soit une légère croissance de 50% en valeur et 77% en volume, en 4 ans).


Croissance que l'on doit objectivement attribuer à notre chère Red Bull puisque la marque représente aujourd'hui 49,6% du marché en volume, loin devant Monster (Groupe Coca-Cola) qui culmine à 18,3% du marché, et Burn (Groupe Coca-Cola aussi...) avec 6,3%.
Red Bull peut effectivement se sentir pousser des ailes...

Alors comment expliquer cet écrasant succès de Red Bull face à un mastodonte tel que Coca-Cola? 

(Ca ne serait pas lié à l'image de marque par hasard...?)
Effectivement amis lecteurs, le soin apporté à l'image de marque est poussé à l'extrême chez Red Bull. 
Pour bien comprendre, il faut savoir qu'initialement, son inventeur, Dietrich Mateschitz, a créé cette boisson dans le seul but de lutter contre le manque de sommeil. 
(Rien à voir avec le sport!) 
Mais, pour le faire grandir, il a bien fallu trouver à son bébé une personnalité, une image et une histoire à raconter (story-telling...), qui devait être en concordance avec les valeurs partagées par sa cible, les jeunes de 15 à 35 ans. La marque a donc décidé de tout miser sur le sport extrême et tout ce qui à trait au sensationnel : Formule 1, motocross, surf, snowboard... Red Bull est sur tous les fronts!

Par ce biais, la marque communique davantage sur ses valeurs de recherche d'adrénaline, de dépassement de soi et de combativité plutôt que sur les 4 pauvres produits que composent sa gamme...

En effet, allez sur son site internet et vous trouverez ça en guise de page d'accueil:


Maintenant, allez sur celui de Monster :


(pas de commentaire, j'imagine que vous avez saisi où je voulais en venir...)

Ainsi, la marque a su créer une véritable communauté de fans (et bien qu'elle en dénombre plus de 44 millions, non je ne parle pas uniquement de fans Facebook), qui se reconnaissent dans ses valeurs et qui l'apprécient en tant que marque, pour ce qu'elle représente, et non pour ce qu'elle vend.

D'ailleurs, sa personnalité est tellement ancrée dans la conscience collective que la marque a tout de même réussi l'exploit de sponsoriser le saut historique de Felix Baumgartner dans l'espace. Rappelons, encore une fois, que Red Bull n'est, à la base, qu'une boisson pour lutter contre le manque de sommeil... 
Pour communiquer auprès de ses non-clients sur son image de marque, il n'y avait pas mieux... Parce qu'à côté, le SuperBowl c'est une bricole!


Ainsi, grâce à sa redoutable image de marque, la petite Red Bull est devenue aujourd'hui aussi puissante que les taureaux de sa canette, au mépris de la vieille théorie des 4P...

Lauren Vial

Sources :
http://www.definitions-marketing.com/Definition-Image-de-marque
http://www.lefigaro.fr/societes/2013/10/01/20005-20131001ARTFIG00237-les-boissons-energisantes-rencontrent-un-succes-eclatant-en-france.php
http://www.capital.fr/enquetes/histoire-eco/les-50-plus-grands-patrons-de-l-histoire/dietrich-mateschitz-ne-en-1944-red-bull-son-plan-marketing-associe-speed-fun-et-glamour
http://redbull-geant-economique.doomby.com/pages/l-ascension-de-red-bull/strategie-commerciale.html

lundi 15 septembre 2014

Un autre méchant qui a faim???

Chers internautes, après la lecture de mon dernier article, vous avez du remarquer que j'avais eu un petit coup de foudre pour G. Ladalle, la marionnette mauvaise et sans scrupule sortie tout droit des studios de l'agence Young & Rubicam pour représenter Danio de Danone.

Mais après tout, quel serait l'intérêt d'avoir un blog si ce n'est pour prendre parti...

Et puis en amour, on ne choisit pas!

Quelle n'a donc pas été mon indignation en découvrant ce nouveau spot de l'agence Nouveau Monde DDB pour la marque de brioches et pains La Boulangère!!!



Alors certes, la copy stratégie des deux campagnes n'est pas la même :
L'une est basée sur la "méchante faim" qui peut survenir à tout moment de la journée du consommateur et l'autre sur un jeu de mots "je veux du Sang/Sans/Cent", ce qui est, il faut bien le reconnaître, plutôt très astucieux.

De plus, les deux messages sont complètement différents et ne prônent pas les mêmes bénéfices produits. 
Danio vante l'efficacité et la consistance de son yaourt alors que Gâche Tranchée communique sur la naturalité et l'authenticité de son produit.

Ainsi, la similarité de ces deux spots résiderait seulement dans le ton choisi, à savoir l'humour. 
En effet, plutôt que de transposer leurs messages dans une publicité qui aurait un ton sérieux, didactique et ennuyeux, -car finalement, les deux promesses de ces produits sont plutôt très banales...- les deux marques ont décidé d'utiliser des tons décalés grâce à une puissante mascotte pour l'un et un jeu de mots pour l'autre...
   
Mais quand même...!

Dans son spot, Gâche Tranchée a tout simplement décidé de reproduire les exacts faits et gestes de la marionnette de Danone
- En effet, son petit vampire reprend dès la première seconde les termes "J'ai faim!", exprimé 5 fois dans la publicité de Danio au bureau. 

Bien sûr, aucun brevet n'a été déposé sur cette phrase (Heureusement! Plus personne ne pourrait exprimer sa fringale sans risquer un procès!); toutefois, dans la "conscience collective" ce slogan est désormais attribué, si ce n'est à la marque Danio, à, au moins, la petite marionnette affreuse pour on ne sait plus quel produit.
Par ce biais, Gâche Tranchée bénéficie donc d'une notoriété gratuite, qu'elle n'a pas acquise elle-même. 

- De plus, à la 5ème seconde, le petit vampire entrave l'avancée de sa sœur en lui mordant le mollet... Tout comme le fait G. Ladalle à la 16ème seconde du spot de Danio (Ah non pardon, G. Ladalle, lui, l'agrippe seulement!).

Là encore, rien n'empêche à l'agence de s'inspirer d'autres publicité pour créer la sienne, mais pour un spot qui dure 15 secondes, l'imitation est un peu lourde...

Ainsi, en signant ce spot, Nouveau Monde DDB révèle davantage son incroyable plagiat et son manque d'imagination, plutôt que l'ingéniosité de sa copy stratégie et de son jeu de mots... 

Dommage!

Lauren Vial